Islande

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En juillet-août 2019, nous nous sommes envolés pour l’Islande, terre de sagas, de légendes, île unique en son genre où s’égrènent des paysages variés qui ont un point commun : ne ressembler à aucun autre et nous donner l’impression d’avoir mis les pieds dans une autre planète. En effet, certains sont dignes d’un décor de science-fiction et nous troublent profondément avant de nous laisser un souvenir indélébile. Les nombreux aléas climatiques contribuent à leur inexorable beauté : le temps changeant constamment, cela est propice à des jeux de lumière naturelle qui magnifient le panorama. Nous y avons rencontré un peuple qui allie chaleur humaine avec sobriété et discrétion, un peuple pour qui le bonheur simple est une seconde nature, dans la plus pure tradition scandinave.
Au-delà des sites à nuls autres pareils, la longueur des journées nous dépaysait tout autant : voir le soleil se coucher à 23h30 pour se lever à 3h30 le lendemain avait quelque chose de désorientant et réjouissant à la fois. Tous ces éléments en font un pays unique. Malheureusement, c’est aussi une raison pour laquelle l’Islande est victime de son succès et a du mal à gérer son flot de visiteurs, tout au moins durant la période estivale. Certaines infrastructures ne sont plus adaptées et se trouvent vite débordées, notamment l’Aéroport International de Keflavík. Ceci dit, cela ne concerne que les lieux touristiques. Mais si vous vous en éloignez, il devient facile de se retrouver isolé dans des coins perdus en communion avec une nature époustouflante.
Nous avons choisi les guesthouses comme type de logement la plupart du temps. Cela nous a permis d’être en contact avec des locaux très attachants. D’autre part, s’agissant souvent de cottages perdus au milieu de nulle part, nous nous prenions à rêver et avions l’impression le temps d’une nuitée ou deux de vivre dans une maison en pleine campagne.
Cependant, un impondérable a entaché le début de notre trip : en effet, notre vol Paris-Reykjavík a été annulé suite à un gros problème technique. Nous n’avons pu partir que le lendemain, de surcroît avec quatre heures de retard ! Cela nous a privés d’une journée dans la capitale, où nous attendait la copine à J.R. qui était déjà sur place et a partagé ce séjour inoubliable avec nous. Aussi nous sommes-nous lancés à corps perdu dans la visite de ce pays incroyable dès notre arrivée pour oublier cette frustration et rattraper ces nombreuses heures dont nous avons été privés. L’aventure pouvait enfin commencer.


Reykjavík & Péninsule de Reykjanes

Le soir de notre arrivée à Reykjavík, nous sommes allés nous balader sur Sæbraut (sentier longeant l'océan) en sortant du restaurant. Les bâtiments modernes qui s’y égrènent ne sont pas très esthétiques, mais l’endroit n’en demeure pas moins très agréable. Nous y avons admiré Sólfar («Voyageur du soleil») sculpture de métal représentant la structure d’un bateau viking, et aussi avec un peu d’imagination le squelette d’un poisson. Nous avons ensuite rejoint l’étonnant bâtiment Harpa, à la fois salle de concert et centre des congrès. Il est constitué d’une trame en acier recouverte de panneaux de verre de différentes couleurs rappelant des colonnes de basalte. Les reflets changeants qu’ils renvoient sont assez fascinants.
Puis, nous avons quitté le front de mer pour nous balader dans les rues du centre-ville qui dispose de nombreux commerces, bars et restaurants. Les façades y sont très colorées et agrémentées de belles fresques murales. Certains commerces arborent des enseignes lumineuses pour le moins délirantes, notamment celle de la boutique de souvenirs Pride of Iceland, affichant un mouton avec une tête de macareux à l’avant, et une tête de viking à l’arrière ! Comme s’ils avaient voulu résumer l’Islande en un seul être hybride.
Certaines rues bien droites et parfois légèrement pentues s’ouvrent en perspective sur l’océan, nous rappelant toutes proportions gardées San Francisco. Nous avons terminé avec la fameuse Église d'Hallgrimur (Hallgrimskirkja) (photo), image d’Épinal de la ville, dont l’étonnante architecture élancée s’inspire des orgues basaltiques naturels d'Islande. Vu l’heure tardive, elle était fermée, mais nous avons pu y pénétrer lors de notre retour à la capitale à la fin de notre trip. Nous sommes montés jusqu’au clocher, bravant le vent violent qui s’y engouffrait : en effet, il n’y a ni fenêtres ni vitraux, juste des barreaux. Ceci dit, la vue à 360° d’une hauteur considérable sur l’ensemble de la ville et au-delà est époustouflante. Devant s’élève fièrement la statue de Leifur Eriksson, premier européen à avoir atteint l’Amérique.
Puis, nous avons visité le centre-ville, de jour cette fois. Dans le quartier gay, un arc-en-ciel tapisse le bitume de la rue principale dans le sens de la longueur. Devant certaines boutiques de la rue commerçante principale se tiennent de grosses peluches de macareux, ou des statues de trolls d’une laideur si réaliste qu’elles effraient certains enfants. De nombreuses fresques murales tapissent les murs, notamment celle présentant les diverses façons de nouer une cravate, très originale. C’était un samedi et les lieux étaient très animés. L’ambiance était bon enfant et le bonheur ambiant presque palpable.
Nous nous sommes ensuite séparés et je me suis éloigné du centre pour aller me perdre dans des quartiers plutôt résidentiels traversés par Snorrabraut, artère routière assez fréquentée qui détonne avec le calme des lieux. J’ai fait une halte au Musée Kjarval, dédié au peintre islandais le plus célèbre : il est vraiment très bien conçu, spacieux et lumineux. Plus loin, la belle Église d'Háteigur (Háteigskirkja) offre un contraste avec la majorité des lieux de culte au style très sobre et épuré que l’on trouve dans le pays. Ses quatre flèches élancées et aiguisées arborent leurs contours harmonieux.
Puis, je suis revenu vers le centre pour me rapprocher de l’Hôtel de Ville (Ráðhús). Le bâtiment moderne donne sur le très agréable Lac Tjömin, entouré de belles demeures et de quelques bâtisses au charme suranné. L’Église Libre de Reykjavík (Fríkirkjan í Reykjavík), bel édifice blanc au toit vert, s’élève aux côtés de la Galerie Nationale d’Islande. Tout près s’étend le splendide jardin Hallargarðurinn. Là une maison cossue blanche et pourpre arbore fièrement son porche et ses colonnes. Devant se tient un beau kiosque d’inspiration asiatique qui avec un peu d’imagination peut faire penser à une pagode. Quelques belles statues complètent le tableau.
Finalement, nous sommes allés à un bar puis dans un restaurant, avant d’aller de nouveau flâner pour nous imprégner de cette énergie festive si caractéristique de la ville, réputée pour ses nombreux concerts le weekend, surtout en période estivale.
 
Le lendemain, la copine à J.R. nous a quittés dès l’aube : il était temps pour elle de retourner en France. Après avoir visité la Péninsule de Reykjanes (voir ci-dessous), nous avons tous les deux consacré l’après-midi à la suite de la découverte de la capitale. Nous nous sommes séparés et je suis allé du côté de Perlan, grand bâtiment de verre et d’acier en forme de dôme au sommet d’une colline arborée situé quelque peu en périphérie. À la base, il avait uniquement une fonction d’utilité publique : il abrite en effet de grosses citernes d’eau chaude qui alimentent la ville. Puis, on a créé des extensions pour le rendre également ludique : il comprend désormais un musée, un bar, un restaurant et une boutique. Dans le musée se tiennent notamment la statue d’un ours blanc à taille réelle d’un réalisme stupéfiant, et un insecte en format géant. Le sommet tout en verre à 360° propose une vue imprenable sur la ville et les alentours.
Puis, j’ai emprunté un grand axe qui longe notamment le beau Cimetière Hólavallagarður, très arboré et ombragé aux tombes anciennes. J’ai rejoint le front de mer près de la Presqu’île de Seltjarnarnes pour me diriger vers le Vieux Port (Höfn), où les anciennes cabanes de pêcheurs turquoise abritent à présent des restaurants et divers ateliers. Sur le chemin, j’ai pu admirer de splendides fresques murales, plus imposantes que celles du centre-ville. Le quartier est également connu pour sa concentration de musées sur des thèmes très variés. Je suis allé jusqu’à la Motte (Þúfa), imposante demi-sphère herbeuse dont on atteint le sommet en empruntant un chemin en spirale. En haut, un abri de bois ajouré sert de séchoir à poisson. En face, Harpa élève sa singulière silhouette avant-gardiste aux teintes changeantes.
Finalement, nous nous sommes rejoints au centre-ville pour profiter de notre dernière soirée dans cette capitale très agréable.
 
Le dernier jour, J.R. et moi avons donc consacré la matinée à la visite de quelques sites de la Péninsule de Reykjanes. Nous avons commencé par le Pont entre les continents (Brú Milli Heimsálfa), qui enjambe les plaques tectoniques nord-américaines et eurasiennes. C’est un endroit unique, car la grande majorité des plaques tectoniques se rejoignent au fond des océans. Nous nous sommes donc sentis privilégiés de nous trouver à cet endroit précis. Le temps était couvert, frais et très venteux… tellement venteux que nous n’avons même pas pu faire le tour du Lac Graenavatn, étape suivante, dont l’étonnante couleur verte est due aux cristaux et aux algues. En effet, nous ne sommes restés que de courts instants en dehors de la voiture pour l’admirer et prendre tant bien que mal quelques photos, le vent étant beaucoup trop violent. Par contre, Seltún, qui ne se trouve pourtant qu’à quelques centaines de mètres, était curieusement protégé des assauts répétés d’Éole et nous avons pu le visiter sereinement. Le site nous a quelque peu rappelé Hverir, près du Lac de Myvatn (voir le chapitre «Nord-Est» ci-dessous) : il s’agit également d’un champ géothermique aux «chaudrons de sorcière» en ébullition. Les sols sulfureux colorés en jaune, orange, bleu et gris crachent inlassablement leurs fumerolles. Un petit coteau s’élève, au sommet duquel on peut monter pour admirer ce paysage surréaliste dans sa totalité. Un peu plus loin, nous avons longé le Lac de Kleifarvatn, au cœur d’un cadre hors du commun. Au début, le paysage est plutôt plat, mais il devient plus escarpé à la faveur de reliefs volcaniques à la fois beaux et torturés. Entouré de plages de sable noir, sa profondeur atteint par endroits les 97 mètres.

Sud-Ouest

Après avoir quitté Reykjavík, nous nous sommes rendus à Þingvellir, qui est à la fois un site historique et un parc national. Il fait partie du fameux Cercle d’or, de même que le champ géothermique de Geysir et la cascade Gulfoss. Il se situe à l'est de la capitale dans une vallée de rift due à la séparation de deux plaques tectoniques (nord-américaine et eurasienne), avec des falaises rocheuses et des fissures comme l'immense faille de l'Almannagjá. Il est connu pour l'Alþing, lieu où se tenait le parlement islandais du Xème siècle au XVIIIème siècle. Nous y avons aussi admiré l'Église de Þingvellir et les ruines d'anciens abris de pierre, ainsi que la chute Öxarárfoss.
Nous avons donc poursuivi avec Geysir, site à l’origine du terme «geyser». L’endroit est surréaliste : le bleu de l’eau tranche avec la couleur ocre du sol d’où s’échappent de nombreuses fumerolles. Les «chaudrons de sorcière» ressemblent aux plaies béantes d’une terre en souffrance. Une eau trouble noire bout inlassablement à l’intérieur, et des bulles à l’existence éphémère éclatent à la surface. L’eau y est à 90° ou 100°, et des panneaux nous avertissent du danger qu’elle représente. Le geyser proprement dit entre en éruption toutes les 5 ou 6 minutes avec une précision presque métronomique. Les visiteurs ébahis s’agglutinent autour en attendant le début du spectacle, toujours accueilli par des cris d’émerveillement et des applaudissements. L’odeur nauséabonde due à la forte concentration de soufre pique les yeux et les narines, mais on l’oublie vite tant l’endroit est fascinant. Nous sommes montés au sommet du coteau derrière afin de l’admirer avec une vue panoramique plongeante.
Finalement, nous avons bouclé le fameux Cercle d’or avec Gullfoss, qui est une succession de deux chutes d’eau au cœur de la verdure situées sur la rivière Hvítá. Son nom signifie «chute d’or» en raison de l'arc-en-ciel qu'on peut souvent apercevoir au-dessus. Le site fut le théâtre d’une anecdote croustillante : Sigríður Tómasdóttir, la fille du propriétaire, menaça de se jeter dans les chutes si la rivière était exploitée pour produire de l'électricité Ainsi, le projet de construction d’une centrale hydroélectrique fut alors abandonné. On peut apercevoir à l’entrée une statue à son effigie. Le site est impressionnant, et il s’en dégage une force incroyable.
Nous avons ensuite rejoint Flúðir, petit village d’environ 400 habitants. Là, nous sommes allés nous baigner dans le Secret Lagoon, lagon dont l’eau est à 38° grâce à des sources chaudes qui l’alimentent. Le contraste avec la fraîcheur extérieure était saisissant. L’entrée est payante et le lieu est aménagé avec accueil, boutique, douches et vestiaires, mais il sort des sentiers balisés du tourisme, contrairement au célèbre Blue Lagoon que nous avons préféré éviter. Le lagon est entouré d’un boardwalk jalonné de petites sources d’eau bouillante, devant lesquelles des panneaux nous avertissent du danger comme à Geysir. Nous en sommes ressortis avec un sentiment de bien-être.
 
Le lendemain, nous avons visité Stöng í Þjórsárdal, un site archéologique isolé et peu fréquenté situé dans la région de Þjórsárdalur. Il s'agit des restes de fermes vikings datant des Xème et XIème siècles. On pense qu’elles ont été détruites en 1104 suite à une éruption de l'Hekla, volcan tout proche. Les vestiges ont été excavés à partir de 1939 et une réplique de l'une des fermes a été reconstruite de 1974 à 1977 à l’occasion des festivités du 1100ème anniversaire de la colonisation du pays. L’ensemble forme le Musée de Þjóðveldisbærinn. Nous avons dû emprunter une piste difficilement praticable pour nous y rendre. Nous avions un SUV, mais l’idéal est un 4X4. Le thermomètre est grimpé jusqu’à 25-26°, de loin la température la plus élevée de notre trip.
Puis, nous avons emprunté la fameuse Route 1 pour rejoindre Seljalandsfoss, bien plus touristique : il s’agit d’une chute haute de 65 mètres environ. Une large cavité permet de passer derrière, ce qui offre un point de vue impressionnant et unique… si l’on n’a pas peur de se faire un peu arroser. Plusieurs chutes se succèdent le long de l’imposante paroi rocheuse recouverte de verdure. Gljúfrafoss, la dernière, se trouve dans un étroit canyon, ce qui permet à des rais lumineux d’entrer, créant un impressionnant jeu d’ombre et de lumière. On se déchausse pour y accéder en marchant dans quelques centimètres d’eau fraîche.
Plus loin, nous avons fait une halte au bord de la route pour admirer de loin l’Eyjafjallajökull (photo), calotte glaciaire dont le volcan Eyjafjöll a fait parler de lui en 2010 suite à son éruption qui a longuement paralysé le trafic aérien dans une partie de l’Europe, à cause de ses épaisses cendres volcaniques dispersées dans l’atmosphère. Nous sommes ensuite allés admirer Skogafoss, chute qui tombe en rideau d’environ 60 mètres de hauteur au cœur d’un paysage vert et vallonné. Des escaliers permettent d’aller la contempler depuis son sommet.
En fin de journée, nous avons fait une petite randonnée jusqu’au glacier Mýrdalsjökull et son cadre fascinant : la glace y est partiellement recouverte de cendres volcaniques, ce qui crée des jeux de couleurs blanc, noir et gris dans de superbes motifs. Devant s’étalent des roches volcaniques, et derrière s’élèvent des petites montagnes recouvertes de verdure. Ces paysages uniques et lunaires nous donnent l’impression d’avoir débarqué sur une autre planète.
Le soir, nous avons rejoint Vík í Mýrdal, petit village côtier d’environ 300 habitants réputé pour accueillir quelques colonies de macareux. Nous avons eu la chance d’en voir à Víkurfjara, étonnante plage de sable noir sur laquelle reposent quelques cairns décoratifs. En face, d’imposants éperons rocheux émergent de l’eau, tels de sombres fantômes surgis de nulle part, donnant une dimension encore plus onirique et fascinante au site. Les oiseaux tant convoités nichaient dans les falaises, et les observer était un véritable enchantement. Nous les avons trouvés attachants et amusants avec leur façon pataude et maladroite de marcher et de voler.
 
Le lendemain matin, nous avons rebroussé chemin le long de la Route 1 sur plus de vingt kilomètres pour nous rendre sur le site de Sólheimasandur, où repose la carcasse d’un avion américain de l’US Navy, un Douglas DC-3, qui s’est écrasé sur une plage de sable noir en 1973. L'appareil venait d'acheminer du matériel militaire. Au retour, il a subi un important dépôt de glace sur la carlingue, ce qui l'a considérablement alourdi. Ne pouvant plus maintenir son altitude de croisière, il a dû faire un atterrissage d’urgence, et n’a pu faire autrement que de se retrouver sur une rivière gelée dont la glace a cédé sous son poids. Heureusement, aucun des sept membres de l’équipage n’a été gravement blessé. Il faut marcher sur une longue ligne droite au milieu d’un paysage désolé depuis le parking pour le rejoindre. Pénétrer dans la carlingue donne le frisson. Par contre, nous avons dû affronter la furie des éléments déchaînés sur le chemin du retour : un vent d’une puissance inouïe arrivait de l’océan et la pluie venait nous fouetter d’une manière si cinglante que nous avons cru à de la grêle. Elle a même traversé mon coupe-vent avec doublure en coton. La région subit en effet le pire climat du pays, très pluvieux et très venteux, à tel point qu’il est vivement déconseillé de trop s’approcher du rebord des falaises, car une simple rafale peut nous précipiter dans le vide !.. De mémoire, il s’agit du temps le plus exécrable que nous ayons rencontré durant tous nos trips.
En repartant, nous sommes retournés Vík í Mýrdal pour visiter son l’église, perchée sur une petite butte herbeuse. Le style est assez sobre et dépouillé, ce qui est d’ailleurs le cas de la plupart des lieux de culte en Islande. En revanche, l’orgue en bois verni est vraiment splendide. Et comme il est possible d’y accéder, nous avons pu l’admirer de près.
Finalement, nous avons repris la Route 1 sur de longs kilomètres vers l’est. Nous avons fait une halte à Eldfellshraun, étendue de terre façonnée par la coulée de lave de 1973. Elle se compose d’un entrelacs de sentiers qui descendent au Fort de Skansinn et vers une côte de petites plages de sable noir, le jardin sur lave de Gaujulundur et un phare. Le jeu de couleurs entre la terre rouge et brune, la lave noire et le lichen verdâtre qui la recouvre est fascinant.


Sud-Est

Il s’agit de la région du pays où nous avons traversé les lieux les plus reculés de notre trip. Ses grands espaces sauvages nous rappelaient l’Ouest Américain, toutes proportions gardées. Nous nous retrouvions parfois au milieu de nulle part à égrener les kilomètres, ce qui était fascinant et nous dépaysait beaucoup. Cependant, les lieux de restauration, les supermarchés ou supérettes et les stations essence y sont rares. Aussi avons-nous décidé d’appliquer les mêmes règles que lors de nos voyages outre-Atlantique : ne pas attendre le dernier moment pour se restaurer ou acheter nourriture et boisson, ni pour faire le plein de carburant.
Nous avons commencé avec le site de Svartifoss, dans le Parc Naturel de Skaftafell, qui fait partie du Parc National du Vatnajökull. C’est l’une des plus belles chutes du pays : elle se jette du haut d’une paroi rocheuse composée d’étonnantes orgues basaltiques qui lui donnent cette forme si singulière. Pour s’y rendre, il faut arpenter un chemin de randonnée pentu qui part du camping, mais l’effort en vaut la peine ! Puis, nous avons traversé une passerelle en direction de Sjonarsker (photo), un point de vue majeur du parc naturel : il jouit en effet d’une vue imprenable sur la vallée de Morsárdalur. Nous avons alors réalisé l'immensité du parc. Une table d’orientation indique les différents sites de la région. Des fleurs mauves et jaunes viennent agrémenter les zones de verdure qui recouvrent par endroits le sol rocailleux. En toile de fond s’élèvent des montagnes anthracite aux sommets enneigés. Puis, nous avons emprunté un chemin différent pour le retour, passant devant deux maisons mitoyennes typiques aux toits de tourbe dont on peut visiter l’intérieur. La décoration nous renvoyait à un temps révolu empreint d’une certaine nostalgie : vieux poêles à bois, vieilles cuisinières, vieilles machine à coudre…
Nous sommes retournés au point de départ, et avons marché le long de la piste menant au glacier Vatnajökull, le plus grand d’Europe, qui a donc donné son nom au parc national. Nous y avons retrouvé à peu près les mêmes caractéristiques que le glacier Mýrdalsjökull. Un petit lagon étend sa surface turquoise, et un peu plus loin, des petits icebergs flottent nonchalamment sur un lac. C’est sur ce même glacier que nous avons fait une longue randonnée inoubliable le lendemain, accompagnés par un guide. On nous a fourni le matériel nécessaire : piolet, crampons, baudrier etc… Le temps était au beau fixe : grand soleil, juste contrarié par quelques nuages blancs, ce qui nous a permis de profiter pleinement de cet endroit extraordinaire.
L’après-midi, nous sommes allés admirer la stupéfiante lagune de Jökulsárlón, où une langue glaciaire du Vatnajökull se disloque en petits icebergs aux reflets bleutés scintillants et aux formes surprenantes. Puis, nous avons fait un saut de l’autre côté de la Route 1, sur le site de Breiðamerkursandur, balayé par des vents cinglants, où des icebergs ont dérivé et se sont échoués sur la plage de Diamond Beach en passant par le chenal. Leur aspect translucide offre un contraste saisissant avec le sable noir.
Puis, nous avons repris la route pour faire une petite balade à la Réserve Naturelle d’Ósland à Höfn í Hornafirði, charmant village portuaire très coloré. En toile de fond, nous apercevions les montagnes et l’immense glacier.
Finalement, nous avons rejoint la Péninsule de Stokksnes. Nous avons traversé de grands prés où vivent quelques chevaux et moutons, entre les montagnes et les plages de sable noir bordées de falaises fouettées par les vents et peuplées de phoques, d’otaries, et d’oiseaux marins. Nous avons terminé avec la visite d’un remarquable village viking reconstitué pour le film «Vikingr» du réalisateur Baltasar Kormákur, près de la Viking Café Guesthouse. Nous avions vraiment l’impression d’être revenus des siècles en arrière. Tout y est : toits de tourbe, palissades de pieux tranchants, cachots, douves… Le tout est d’un réalisme stupéfiant.

Fjords de l’Est

Il s’agit de l’une des plus belles régions d’Islande. Une côte très déchiquetée épousée par des routes sinueuses à la vue imprenable s’offre aux visiteurs émerveillés. Des petits villages de pêcheurs colorés pétries de charme s’y égrènent ; ils semblent minuscules face à ces montagnes tapissées de verdure qui se jettent dans l’océan.
Le premier où nous nous sommes arrêtés est Djúpivogur. Très authentique, il dispose d’un vieux port où quelques bateaux de pêche sont amarrés à d’anciens quais de bois. La balade le long d’un sentier littoral est très agréable. Un petit étang se perd au cœur de roches escarpées. Quelques oiseaux marins y ont élu domicile, notamment des sternes arctiques.
Nous nous sommes restaurés à Breiðdalsvík, au Kaupfjelagið Art and Craft Cafe : il abrite un snack, une épicerie fine, et une boutique d’artisanat et de souvenirs. La décoration est charmante : vieilles pièces de collection, de vieilles affiches (notamment des affiches publicitaires Coca-Cola vintage), une machine à coudre ancienne… La nourriture est assez variée et on y trouve des produits bios.
Puis, nous avons rejoint Stöðvarfjörður, village dominé par l’ancienne église protestante Kirkjubær blanche et bleue perchée sur sa butte herbeuse. Elle abrite désormais une auberge. Quelques œuvres de street-art égayent les lieux, notamment des fresques sur un entrepôt. J.R. et sa copine ont eu la chance d’apercevoir un macareux près d’un ponton.
Fáskrúðsfjörður, halte suivante, est un village d’un peu plus de 600 habitants. Il comprend un quartier français, car c’était la base de marins français au début du XXème siècle. On leur doit la chapelle et l’hôpital. Ils disposaient également d’un cimetière dédié. En outre, certains noms de rue sont indiqués dans les deux langues. Enfin, le village est jumelé avec Gravelines.
Une vingtaine de kilomètres plus loin, Reyðarfjörður ne nous a pas laissé un souvenir impérissable. Par contre, le fjord auquel il doit son nom est à la fois très beau et très singulier : en effet, une rive composée de parois rocheuses massives fait face à des collines tapissées de verdure.
 
Nous avons poursuivi la découverte de cette superbe région dès le lendemain, en commençant par Fjarðabyggð, petit village coupé du monde que nous avons rejoint en empruntant une piste en lacets qui descend le long d’un fjord, nous offrant de splendides vues plongeantes à chaque virage. Il se trouve dans un cadre idyllique. Nous y avons admiré de beaux chevaux islandais dont certains à la robe alezane et à la longue crinière blonde. En repartant, nous avons fait une halte pour aller voir de près l’épave rouillée d’un cargo américain.
Puis, nous nous sommes rendus à Seyðisfjörður (photo), considéré à juste titre comme l’un des plus beaux villages d‘Islande. C’est pourquoi nous nous y sommes attardés de longues heures. De belles maisons de bois colorées s’égrènent le long du fjord étroit et encaissé. L’église revêt une agréable couleur bleu ciel et son architecture est plus peaufinée que celle de la plupart des lieux de culte du pays. Les galeries d’art s’y multiplient ; les œuvres y sont à la fois cocasses et créatives. Le ballet quasi-permanent des ferries en provenance du Danemark qui déversent des flots de visiteurs entache un peu le cadre, leur imposante silhouette devenant envahissante. Mais le charme indéniable de ce village reprend vite le dessus et on finit par les oublier. De plus, les lieux sont plutôt animés et l’ambiance est agréable. Divers chemin de randonnées permettent de visiter plus amplement les alentours. Nous nous sommes lancés dans l’ascension des flancs du fjord jusqu’à une chute, où la vue sur le village et son port est imprenable.

Nord-Est

Il s’agit d’une région aux nombreux sites très variés. L’activité volcanique y est importante, et le climat plus doux et plus sec que dans le Sud. Nous avons commencé sa découverte à la faveur d’une randonnée à Ásbyrgi Canyon, qui est un fer à cheval naturel surnommé «la forteresse des dieux». Ses plus hautes falaises atteignent 100 mètres de haut. En son cœur s’épanouit une forêt de bouleaux tortueux et de saules arctiques, ainsi que son réseau de sentiers très agréables dont l’un d’entre eux conduit au rafraîchissant Lac de Botnstjörn.
Puis, nous avons fait une halte à Dettifoss, tout simplement la plus puissante chute d’Europe. Ce n’est pas la plus esthétique du pays : l’eau y est trouble voire boueuse. Cependant, le spectacle est vraiment impressionnant : une véritable force de la nature devant laquelle on se sent tout petit, d’autant plus qu’on peut s’en approcher. Il faut tout de même être vigilant, car les rochers humides sont glissants. Forcément, ça soulève une quantité considérable de brume. Pour y accéder, on fait une courte randonnée dans la Vallée de Sanddalur, où des petits lacs s’égrènent au cœur d’un paysage de sable noir et de falaises d’orgues de basalte.
 
Le lendemain, une grosse journée nous attendait : nous avons commencé avec Námafjall (ou Hverir) (photo), petite montagne située à l'est du Lac de Mývatn et qui fait partie de la caldeira du Krafla. Le soufre donne au sol une couleur jaunâtre étrange et fascinante. Il y en a une telle concentration que l’odeur est insupportable : ça pique les yeux et le nez. Le sol est surchauffé et il est vivement déconseillé de sortir des sentiers balisés. D’énormes «chaudrons de sorcière» en ébullition nous donnent l’impression d’avoir mis un pied en Enfer. Nous sommes montés sur les sommets des coteaux, jouissant d’une vue large et plongeante de ce site unique. De l’autre côté, nous apercevions le Mývatn Nature Bath (équivalent du Blue Lagoon), puis la centrale géothermique de Bjarnarflag et son «Blue Lake» qui étend sa surface turquoise. Mais contrairement à ce que pourrait faire penser sa couleur très agréable, son eau est très toxique !
Nous avons pris le temps d’aller l’admirer avant de nous rendre sur le site de Stóragjá y Grjótagjá, où une fissure éruptive renferme des sources d’eau chaude. On peut y tremper les pieds, mais la baignade y est désormais interdite : en effet, la température peut dangereusement augmenter et on a décelé la présence d’algues qui pourraient être nuisibles. Comme beaucoup de sites en Islande, le lieu est privé et appartient à des fermiers qui jouissent d’un vaste terrain.
Nous avons ensuite rejoint le volcan Hverfjall, dont la massive silhouette anthracite s’élève à plus de 400 mètres. Des sentiers très raides conduisent à son sommet, nous offrant une vue époustouflante sur son cratère béant. Nous en avons fait le tour complet, admirant au loin Námafjall et le Lac Mývatn. Nous nous sommes rapprochés de ce dernier pour visiter Höfði, petit parc qui le borde. Les étonnants piliers de lave semblent monter la garde sur les îlots et les petits lacs entourés de forêts plantées de diverses espèces d’arbres, notamment des bouleaux et des épicéas. Cette diversité emmène un mélange d’odeurs fraîches très agréables lorsqu’on emprunte les petits sentiers ombragés. L’un d’entre eux conduit à une clairière très plaisante, où les boutons d’or arborent leur couleur jaune au cœur de la prairie verdoyante. Quelques promontoires rocheux proposent de superbes vues. L’eau est si claire par endroits qu’on peut deviner le fond.
Puis, nous avons emprunté la route 863, où nous avons aperçu avec amusement une douche en extérieur à quelques mètres du bas-côté. Elle est à la disposition du public et l’eau est chauffée naturellement grâce à l’activité géothermique. Nous avons escaladé le cratère Víti, qui se trouve au pied du volcan Krafla. L’eau s’y est accumulée pour former un joli lac bleuté. Une petite randonnée permet de se rendre au sommet, mais on ne peut pas le contourner totalement.
Finalement, nous avons terminé cette journée bien remplie avec le site volcanique de Leirhnjúkur, tout près. Comme à Hverir, on retrouve des «chaudrons de sorcière» bouillants et des portions de sol jaunâtres dues à la concentration de soufre. Heureusement, l’odeur est bien moins insupportable. Nous nous sommes avancés dans une zone volcanique toujours en activité. D’importantes coulées de lave encore chaude en couvrent une large superficie, et des fumerolles s’en dégagent. Le chemin de randonnée n’a rien de difficile, mais il faut faire attention à la lave sèche qui peut se briser et devenir tranchante par endroits. Ce paysage lunaire sorti tout droit d’un décor de film de science-fiction est tout simplement fascinant.
 
Le jour d’après, nous avons commencé avec Goðafoss, la «chute des dieux». Elle se compose de trois cascades réparties sur des parois rocheuses en fer à cheval sur le fleuve Skjálfandafljót. Le site se trouve au cœur d’une vallée verdoyante où s’égrènent quelques fermes. Même si elles sont moins impressionnantes que Dettifoss, elles dégagent beaucoup de force. Nous avons pris le temps de bien les admirer en arpentant les deux rives, reliées par une passerelle.
Puis, nous avons rejoint Akureyri, deuxième ville d’Islande. Nous nous y sommes sentis bien d’emblée. Elle exsude une certaine douceur de vivre et est relativement animée par endroits. Nous avons été agréablement surpris par les feux rouges en forme de cœur ! C’est sympa et original, et l’attente parait moins longue. Quelles bâtisses colorées égayent les rues, certaines jouissant d’une architecture à la fois belle et sobre. Elle est accrochée à la rive sud de l'Eyjafjörður, et son port est très agréable. Un beau voilier de bois verni y était amarré. À l’entrée de la ville, «Sigling», sculpture moderne, arbore ses formes élancées près d’une jolie gloriette. Non loin s’élève fièrement le théâtre, bel édifice couleur crème avec ses pignons et sa tourelle. Nous nous sommes séparés, et tandis que J.R. et sa copine rejoignaient les hauteurs pour visiter le jardin botanique, je suis allé admirer quelques belles maisons de ville colorées dans des rues résidentielles, puis j’ai marché jusqu’aux entrepôts pour emprunter l’agréable promenade au bord de l’eau au niveau de l’Icewear Visitor Center, annexe de celui du centre-ville. En face se tient une salle d’exposition. De magnifiques photos en grand format sont affichées à l’extérieur, près d’une superbe essoreuse à rouleaux ancienne au charme désuet et nostalgique. Nous nous sommes retrouvés dans les rues animées et colorées du centre, où se trouvent de nombreux bars et restaurants. Comme dans les rues de Reykjavík, des statues insolites de vikings, trolls, et sorcières effraient les enfants les plus sensibles.
Nous avons passé la nuit à la Skjaldarvík Guest House, en périphérie de la ville. C’est un vrai cottage à l’ancienne. La décoration intérieure est vraiment splendide. La salle de séjour est pétrie d’un charme suranné, avec sa bibliothèque remplie de vieux livres et son télescope installé devant l’une des fenêtres. Le domaine est étendu, et nous y avons fait une balade vespérale pour aller admirer leurs beaux chevaux islandais. C’est une race de cheval très spécifique : ils sont petits, trapus et ont la particularité de pouvoir marcher sur n’importe quel type de terrain, même les plus cabossés. La géomorphologie de l’Islande est telle que certains sols sont très irréguliers, notamment les zones de lave. Et ils savent s’adapter facilement. Ils essaient de préserver la race, et les rares chevaux qui ont été exportés dans d’autres pays n’ont pas le droit de revenir en Islande.
 
Le lendemain, nous avons pris un bus pour le port de Dalvík, d’où partait notre croisière d’observation des baleines. C’est aussi de ce port que partent les ferries pour l’Île de Grímsey, partie la plus septentrionale de l’Islande, où passe le Cercle Polaire Arctique. Nous nous sommes bien couverts, car même si le temps était au beau fixe, la température au large était très basse. Ceci dit, ça valait le coup de souffrir, car le spectacle était extraordinaire. Nous avons eu la chance de voir de près des marsouins, des dauphins, et des baleines. L’une d’entre elles a même fait son show en plongeant sur le côté pour exhiber un aileron. Une autre a sorti la queue de l’eau en plongeant, déclenchant des cris d’admiration, alors que des photographes tentaient d’immortaliser ce moment fugace. Et pour ne rien gâcher, le fjord est magnifique et offre un cadre des plus idylliques. C’était la meilleure façon de terminer notre découverte de cette superbe région du Nord-Est.

Nord-Ouest

Après avoir quitté Akureyri et le Nord-Est, nous avons décidé d’aller nous baigner dans un bassin d’eau chaude naturelle dans la région du Norðurland Vestra, en pleine nature sauvage cette fois-ci. L’endroit était difficile à trouver, mais c’est justement ce qui fait son charme. Et ça en valait la peine, car c’était une expérience très exaltante !
 
Le lendemain, nous sommes allés admirer Hvítserkur, rocher de 15 mètres de haut situé au débouché du Sigríðarstaðavatn dans le Húnafjörður, en contrebas d’une falaise à proximité immédiate du littoral de la Péninsule de Vatnsnes. L’érosion a creusé deux gros trous dans sa base, le faisant ressembler à un imposant Golgoth à trois pattes. La légende raconte qu’il s’agissait d’un troll venu lancer des rochers sur le monastère de Þingeyrar. Cependant, il fut surpris par le lever du jour, et pétrifié par les rayons du soleil. Un peu plus loin, la plage fait face à une lagune où se trouvent des phoques, puis au-delà s’étend une réserve ornithologique, mais l’accès y est interdit afin de respecter la quiétude des oiseaux. Heureusement, nous avons pu nous rattraper sur le site d’Illugastaðir : en effet, même s’il s’agit d’un lieu d’observation des phoques, la présence d’oiseaux est également importante. Un sentier aménagé conduit à un cabanon équipé d’une longue-vue.
Puis, nous avons fait une halte au sympathique petit village de Hvammstangi, où vivent environ 600 âmes. Il est connu pour son Centre Islandais des Phoques qui abrite également l’Office du Tourisme. Sur une petite place, de nombreux poissons sont accrochés à un séchoir de bois, tradition très répandue en Islande. Tout près se trouvent de belles sculptures de bois représentant des phoques, des poissons ainsi qu’un totem. Un peu plus loin se tient une boutique d’artisanat local avec une belle enseigne en fer forgé. Nous avons mangé dans un restaurant sympa à la décoration légèrement surannée, avec notamment des téléphones anciens – dont un mural – et une vielle machine à coudre.
Ensuite, nous sommes allées nous balader à Borgarnes, qui se trouve plus dans l’Ouest que vraiment dans le Nord-Ouest du pays. Les lieux attractifs ne sont pas légion, mais le boardwalk est très agréable : il permet d’admirer la côte très escarpée et les petites maisons de bois modernes du front de mer aux jolies décorations. Entourées de jardinets, elles ont une proximité qui créé une certaine convivialité. Nous avons fait ce détour parce que nous logions dans un bungalow à Lækjarkot, quelques kilomètres plus loin. Le lieu était idyllique, et la nature nous a gratifiés de couleurs extraordinaires à la faveur d’un splendide soleil couchant. Nous sommes restés de longues minutes à nous émerveiller devant le tableau de cette route bordée de rares maisons au cœur de la verdure fuyant vers un lac bleuté, avec les montagnes baignées d’une lumière chaude en toile de fond.
 
Le jour d’après, nous avons fait une première halte à Borgarbyggð pour y admirer les belles chutes de Glanni sur le fleuve Norðura, près du champ de lave de Grábrókarhraun. Nous avons poursuivi vers le site de Laugar, au nord de Búðardalur, où se trouve une autre source géothermique. Nous avons pris un second bain chaud en pleine nature dans une vasque aménagée avec des pierres nommée Guðrúnarlaug. Devant se trouve une cabane de pierre et de bois très typique qui sert de vestiaire. L’endroit est vraiment splendide.
En début d’après-midi, nous sommes allés regarder de près l’épave d’un cargo. Il a fallu s’aventurer en voiture dans un petit chemin de poussière, et terminer à pied. Nous avons pu l’approcher sur une rive opposée, à quelques dizaines de mètres. En toile de fond s’étendait Stykkishólmur (photo), où ont été tournées des scènes du film «La vie rêvée de Walter Mitty» de et avec Ben Stiller. Nous apercevions les contours élancés de son église moderne à l’architecture insolite. Perchée sur son promontoire rocheux, elle se détachait totalement du reste du panorama. Nous avons rejoint ce très charmant village portuaire d’environ 1100 habitants situé dans le fjord Breiðafjörður, à l'entrée du Hvammsförður, sur le côté nord de la Péninsule du Snæfellsnes. Il vit de la pêche, notamment de la coquille Saint-Jacques qui est sa spécialité. De belles maisons de bois colorées égayent les rues. Son phare rouge à la base jaune est perché sur une falaise d’orgues basaltiques massive au pied de laquelle se trouve son petit port. Il semble veiller sur les lieux. Une petite randonnée circulaire offre une vue imprenable sur le village et le fjord. Au pied du promontoire rocheux sur lequel a été construite l’église, on a une vue ouverte sur l’entrée du fjord, véritable entrelacs d’îles et d’îlots jetés au large d’une côte déchiquetée frangée de langues de terre péninsulaires. De vieux bateaux abandonnés sommeillent sur le rivage, vestiges d’une époque révolue pas si lointaine, s’imposant en gardiens des lieux.
Puis, nous avons poursuivi notre route le long d’un grand champ de lave appelé Berserkjahraun, qui fait partie du système volcanique Ljósufjöll. Recouvert de mousse et de lichen, il offre un paysage lunaire inoubliable. Plus loin, nous avons traversé une zone de fjords spectaculaires pour finalement aboutir à Grundarfjörður : il s’agit d’un village de plus de 800 âmes situé dans le nord de la péninsule de Snæfellsnes, réputée pour son volcan endormi entouré du glacier Snæfellsjökull. Nous y avons fait une agréable balade vespérale. Une fois encore, nous avons eu droit à de superbes couleurs chaudes et chatoyantes à la faveur d’un soleil de fin de journée qui se faufilait entre quelques nuages.
 
Le lendemain, une journée chargée nous attendait. Nous avons fait une première halte à Kirkjufell, petite montagne à l’étrange forme conique. Elle est l’une des plus photographiées d’Islande, et apparaît également dans le film «La vie rêvée de Walter Mitty». De l’autre côté de la route se tient la chute de Kirkjufellsfoss. Un autre lieu très photogénique se trouve au village d’Ingjaldshóll, où nous nous sommes attardés en chemin : l’église blanche au toit rouge juchée sur son promontoire avec le Snæfellsjökull en toile de fond constitue un panorama grandiose.
Puis, nous avons pénétré dans le Parc National de Snæfellsjökull, avides d’en découvrir les trésors. En effet, le glacier est réputé pour être le plus beau du pays. Malheureusement, il est victime de son succès et très prisé par les touristes. Nous avons roulé au cœur de paysages de volcans et de champs de lave avant de nous arrêter au petit cratère de Saxhöll. De larges escaliers mènent à son sommet, d’où on jouit d’une vue à 360° sur un panorama époustouflant. Une table d’orientation argentée permet de se repérer et de situer les points remarquables de la région.
Plus loin, nous avons emprunté l’un des sentiers de randonnée menant à Djúpalónssandur, plage de galets noirs au cadre surréaliste enchâssée dans d’impressionnants éperons rocheux. C’était un haut lieu de la pêche en Islande qui comprenait non moins de 60 bateaux. Les nombreux morceaux d’une épave rouillée jonchent le sol : il s’agit d’un navire anglais qui s’est échoué là en 1947. On note également la présence insolite de quatre pierres de taille différente qui permettaient aux pêcheurs de mesurer leur force en tentant de les soulever.
Nous avons poursuivi avec Lóndrangar, où deux pinacles rocheux se dressent fièrement sur plusieurs dizaines de mètres de hauteur. Le phare blanc au toit rouge s’élève dans une architecture très sobre. Tout près, une maison préfabriquée en tôle et en bois renferme quelques pièces exposées, essentiellement sur le thème de la mer. En revenant, je me suis attardé au Visitor Center, goûtant trois sortes d’algues séchées différentes mises à la disposition du public : c’était surprenant mais pas désagréable.
Puis, nous avons quitté ce superbe parc national pour nous arrêter quelques kilomètres plus loin à Hellnar. Un point de vue nous offrait un panorama à couper le souffle sur un paysage déchiqueté unique. Le ballet quasi permanent des nombreux oiseaux marins vient y apporter un supplément de vie. Adam’s Rock, formation rocheuse en mille-feuille, s’élève en une arche impressionnante. Un sentier le long d’un champ de lave nous conduit à Arnarstapi, où les falaises de basalte et les roches de lave noire sont torturées par les assauts répétés de l’océan. Des milliers d’oiseaux nichent sur ses parois escarpées. En poursuivant jusqu’au prochain parking, on se retrouve face à la sculpture massive et insolite du «grand nain de pierre» qui semble monter la garde.
Nous avons repris la route jusqu’à Ytri Tunga, situé au-delà de Búðir. C’est un site d’observation des phoques (essentiellement phoques gris et phoques communs, ou veaux marins), qui viennent se prélasser sur les récifs bruns, ou à même le sable blond, chose rare dans la région. On doit marcher par endroits sur des pierres humides ou recouvertes d’algues qui peuvent être glissantes. De plus, certaines zones sont un peu vaseuses et on s’y enfonce légèrement. Cependant, on oublie ces difficultés très minimes dès qu’on se trouve à quelques mètres de ces adorables animaux.
Finalement, nous avons emprunté la pittoresque route 56 en quittant cette magnifique région : elle s’étend au cœur de paysages multicolores : reliefs, cratères, lave et lacs apportent chacun leur teinte unique pour composer un panorama digne d’un tableau surréaliste.


Publié le 7 décembre 2020