U.S.A. (2016)

Nous avons créé un nouveau produit dérivé à l'occasion de ce retour aux U.S.A. : une banderole comportant notre logo et l'adresse de notre website que nous emmenons partout où nous allons. Nous demandons aux gens rencontrés en chemin avec qui nous sympathisons d'y écrire un petit mot au marqueur, accompagné de la date, de l'endroit et de leur signature. Cela assure la promotion de notre site, et nous permet de créer des liens et de conserver un souvenir de ces rencontres éphémères, mais toujours marquantes.
La première à l’avoir signée est une jeune fille rencontrée lors de notre premier jour mémorable à San Francisco : nous avons assisté face au Ferry Building à un formidable spectacle de danse improvisé par un groupe très cosmopolite de plusieurs jeunes en soutien à la candidature de Bernie Sanders. En effet notre voyage se déroulait sur fond d'investiture démocrate que se disputaient Hilary Clinton et Bernie Sanders. San Francisco était manifestement dévouée à ce dernier, témoins les nombreuses affiches ou stickers sur les demeures ou véhicules des particuliers que nous avons pu apercevoir durant notre séjour. Les américains sont intrinsèquement honnêtes et ont pour habitude d'assumer leurs choix et de les montrer, d'une façon parfois ostentatoire qui pourrait nous choquer en tant qu'Européens, mais cela a le mérite d'être clair.
Nous avons donc sympathisé avec l’une des filles de ce jeune groupe. Elle nous a parlé de ses idéaux et de leur mouvement de soutien à Bernie Sanders. Nous lui avons parlé de notre passion du voyage, de notre amour pour les U.S.A. et de notre website. Elle nous a offert à chacun un badge de soutien au candidat que nous avons de suite épinglé sur nos sacs à dos. Ils nous ont accompagnés à travers l’Ouest Américain durant notre trip… jusqu’à ce que nous apprenions la victoire d’Hilary Clinton le 8 juin au matin alors que nous nous trouvions dans la très charmante petite ville de Sonora en Californie.
En tous cas, elle sera à jamais la première à avoir posé son prénom et sa signature accompagnés d’un petit message sur notre banderole lors de cette journée inoubliable. Et San Francisco sera à jamais la première ville où cela s’est passé.
On pouvait difficilement rêver mieux.

*

Lors de ce voyage, nous étions tous les trois équipés de talkies-walkies. Ceux-ci s'avèrent en effet bien pratiques lorsque nous nous séparons momentanément les uns des autres pour nous retrouver. Nous n'en étions pas à notre coup d'essai : en effet, nous les avions déjà expérimentés avec J.R. en 2015 en Belgique et au Brésil. Nous les avons définitivement adoptés car nous les avons trouvés aussi ludiques que pratiques.
Le deuxième jour de notre trip, nous nous trouvions au Golden Gate Park à San Francisco. J'étais avec notre ami surnommé Speedy, tandis que J.R. s'était éloigné de nous. Nous avons croisé une jeune maman accompagnée de ses enfants. Elle est venue nous demander si nous savions où se trouvait l'aire de jeux. Le parc étant immense, elle était un peu perdue. Alors chacun de nous a sorti une carte différente de la ville, mais aucune des deux n'était assez précise. Du coup, j'ai appelé J.R. avec mon talkie-walkie. En fait, je croyais qu'il était plutôt loin de nous, mais il était juste allé se soulager au milieu d'arbustes tout proches. Aussi nous a t-il presque faits sursauter en surgissant de la végétation pour apparaître presque aussitôt et nous sortir son guide Cartoville. Il s'agit d'un petit livre à la couverture rigide très pratique : il se déplie en plans de quartiers différents d'une même ville ou région. Il est précis et bien détaillée. Ainsi, il a pu facilement renseigner la jeune maman. Cette dernière était partagée entre gratitude et étonnement. Elle semblait se demander d'où nous sortions, mais surtout a dû penser que nous étions au top : à peine l'un d'entre nous en appelle un autre au talkie-walkie qu'il surgit la seconde d'après d'entre les buissons avec son guide à la main, et des brindilles encore coincées dans les cheveux et sur les vêtements... toujours sur la brèche, prêt à bondir pour aider son prochain !..
 
Lors de notre dernier soir à San Francisco, nous avons diné dans un restaurant du quartier Fisherman’s Wharf, près duquel se trouvait notre hôtel. Juste avant d'arriver, nous avons croisé une jeune fille à vélo qui semblait perdue. Elle nous a demandé de l’aide car elle avait loué son vélo, mais ne retrouvait plus la station de location pour le restituer. Elle stressait d'autant plus que l’heure de la fermeture approchait. De surcroît, elle avait perdu ses amis. Alors, nous avons sorti un plan du quartier bien détaillé offert par notre hôtel. Nous avons réalisé que plusieurs boutiques de la vélo-station concernée - dont j’ai oublié le nom - se trouvaient dans les alentours. Cela nous facilitait la tâche. Il restait à déterminer lesquels d'entre eux étaient encore ouverts.
Alors sans perdre de temps, nous nous sommes dispersés, bien évidemment équipés de nos indispensables talkies-walkies : J.R. est parti d’un côté, je suis parti du côté opposé, et Speedy est resté avec elle. Là, elle est restée pantoise : elle nous voyait J.R. et moi courir dans tous les sens, disparaître dans une rue pour réapparaitre dans une autre. Elle ne savait plus où donner de la tête. Elle entendait dans le talkie-walkie de Speedy les multiples messages que nous nous envoyions. Même si elle ne les comprenait sûrement pas, elle a réalisé que nous étions impliqués à fond dans notre mission de bienfaisance. Chaque fois que nous nous retrouvions devant une vélo-station fermée, un écriteau nous indiquait la plus proche encore ouverte accompagné de l’adresse précise. Un service courtois et efficace !..
Finalement, Speedy nous a appelés pour nous avertir que l’opération « sauvetage de la demoiselle sur son vélo en détresse » était annulée : en effet, ses amis venaient de la retrouver. Ils l'ont accompagnée jusqu'à la vélo-station encore ouverte.
Elle nous a remerciés au moins dix fois. Comme la jeune maman au Golden Gate Park , elle était entre gratitude et stupéfaction. Ce qui serait extraordinaire, ce serait qu'elles se connaissent toutes les deux, et qu'elles en arrivent incidemment à parler de nous, se demandant qui étaient ces trois boyscouts français qui sont brièvement apparus dans leurs vies, ces bons samaritains gentlemen qui traversent le monde pour venir en aide aux américaines en détresse, munis de toutes sortes de plans et de leurs talkies-walkies dont ils ne se séparent jamais.
Après tout, c'est possible. N'oublions pas que San Francisco est une ville à taille humaine.


Publié le 28 octobre 2017