Canada

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Notre arrivée à Toronto a été marquée par une grosse tuile. Nous avions quitté Ottawa le matin, et sommes arrivés dans la grande métropole l’après-midi. Nous avons rejoint une zone résidentielle du quartier Little Italy, où nous attendait notre logement réservé quelques mois plus tôt auprès de Booking.com. Des maisons victoriennes entourées de petites pelouses et de beaux jardins s’y égrenaient dans un calme souverain. Nous avons été charmés par l’endroit et nous sommes dit qu’y séjourner trois jours serait très plaisant.
Malheureusement, nous avons vite déchanté en nous rendant à l’adresse indiquée sur notre mail de confirmation. Le rez-de-chaussée de la maison était en travaux : nous y avons vu une brouette, une bétonnière, un tas de sable, des sacs de béton et autres… D’autre part, personne n’était là pour nous accueillir. Nous sommes montés au dernier étage - où nous étions supposés loger - par l’escalier extérieur et nous sommes retrouvés devant la porte de notre logement, à côté de laquelle était fixé un digicode. Cependant, nous n’avions reçu aucun mail nous indiquant le code d’accès. Quant à la propriétaire, elle était injoignable.
Nous avions déjà eu le même genre de souci lors de notre arrivée à Montréal dès notre premier soir : nous avons dû rester plus de deux heures dehors avec tous nos bagages avant de pouvoir enfin accéder à notre logement, et ce après avoir échangé de nombreux mails et passé de longs appels téléphoniques - forcément très couteux car nous étions à l’étranger - où on nous mettait en attente durant d’interminables minutes.
Nous nous sommes alors fait à l’idée que nous allions connaître le même sort à peine quelques jours plus tard. Malheureusement, nous étions loin du compte, car ce qui nous attendait était pire. Étant à cours de solution, nous nous sommes séparés en deux duos : l’un qui passait de nouveaux appels téléphoniques interminables et coûteux, et l’autre qui s’est rendu dans un hôtel de luxe au coin de la rue pour avoir du Wifi et essayer de régler le problème par internet. Là, le personnel a été super sympa et nous a accordé de rester aussi longtemps que nécessaire. Mais, il n’a pas été possible de régler le problème de cette façon. Alors, nous nous sommes retrouvés devant la demeure. Et là, comme si nous n’avions pas assez d’emmerdes, nous avons vu un couple d’allemands avec leur gamin se diriger vers la maison. Nous avons engagé la conversation avec eux et avons réalisé qu’ils logeaient dans l’appartement qui nous était destiné. Ils étaient arrivés la vieille. Nous avons alors compris que nous étions victimes d’un surbooking, avec la règle du premier arrivé premier servi. Nous étions à ce moment précis à la rue, comme de vulgaires chats de gouttière. La propriétaire restait injoignable. Nous avons fait part de ces éléments nouveaux au téléphone au service clients de Booking.com. Finalement, ils ont pu nous trouver une solution de repli : deux chambres doubles dans un hôtel tout proche. Ils nous ont envoyé un mail pour accéder à la nouvelle réservation.  Nous étions soulagés.
J.R.et moi sommes immédiatement retournés au même hôtel au coin de la rue afin d’avoir accès au Wifi pour pouvoir lire ce mail. Le très aimable personnel a de nouveau accepté de bon cœur. Malheureusement, nous avons vite déchanté en réalisant l'incommensurable incompétence du service clients de Booking.com : en cliquant sur le lien figurant sur le mail de confirmation, nous avons réalisé que l'hôtel était… COMPLET !!! Comme si ça ne suffisait pas d’être victime d’un surbooking, on nous a proposé une solution de repli qui s’avérait être un hôtel complet ! Étions-nous supposés dormir par terre au beau milieu de la réception ?
Nous avons alors compris qu'il ne fallait pas compter sur ces pieds nickelés et avons cherché de nous-mêmes un logement à la hâte. La plupart de ceux qui étaient disponibles se trouvaient soit au centre mais hors de prix, soit plus abordables mais un peu excentrés. Nous avons fini par en trouver un dans le centre à un prix plus avantageux que les autres. C’était quand même plus cher que notre logement d'origine. Mais Booking.com nous avait promis de rembourser la différence, nous n’avons pas hésité. En effet, c’était le cœur de l’été, et Toronto étant très prisée et de surcroît proche de Niagara Falls - l’un des sites les plus visités au monde - il nous fallait saisir l'opportunité. Alors, j’ai réservé et payé avec ma carte bancaire, ce qui a engendré des frais imprévus. Nous avons rapidement reçu le mail de confirmation. Tout allait mieux (ou plutôt moins mal).
Nous étions rassurés. Malgré tout, nous nous sommes dit avec J.R. que la propriétaire de la maison - qui n'avait d'ailleurs toujours pas donné le moindre signe de vie - nous avait fait un coup vraiment foireux et ne pouvait pas s'en tirer comme ça. Nous avons donc décidé d'aller pisser dans son jardin, vu que l'envie pressante commençait à se faire ressentir. Nous avons donné un bon pourboire au personnel après les avoir vivement remerciés pour leur aide et leur gentillesse
Une fois arrivés devant la demeure, nous nous sommes dit que pisser dans le jardin craignait un peu car tout le monde dans la rue pouvait nous voir. Du coup, nous sommes allés faire notre petite commission derrière sur la terrasse qui comme le rez-de-chaussée était en chantier. Nous avons aperçu près d’un mur une flaque encore chaude qui dispersait quelque volutes de vapeur au contact de l'air plus frais. Nous avons alors compris que notre ami avait eu la même idée - et surtout la même envie pressante - que nous et nous avait devancés, envahi par l’état de félicité suprême que l'on imaginait. Notre inspiration et notre stimulation s'en sont trouvées alors décuplées. Nous nous sommes lancés sans plus attendre, nos attributs à l’air et le regard perdu dans les nuages. En plus du soulagement et de la sensation de bien-être habituels provoqué par cette pratique quotidienne salvatrice, nous avions eu de surcroît un sentiment d'assouvissement d'un besoin viscéral de vengeance qui s'avérait particulièrement jouissif... mais qui fut brutalement interrompu par la voix de crécelle insupportable de la propriétaire qui - comme par hasard – a surgi de nulle part exactement à ce moment précis alors qu'elle avait été aux abonnées absentes tout l'après-midi. Elle nous dit, à la fois abasourdie et scandalisée : « non mais les gars, qu'est-ce que vous faites ? Vous n'avez pas honte ? C'est un manque de respect ! » J.R., qui avait fini, s’est dirigé vers elle. Quant à moi, tel Gérard Jugnot dans «Les bronzés font du ski», j’ai terminé ce que j’avais commencé. De toute façon, grillé pour grillé... Puis je suis allé moi aussi à sa rencontre et lui ai expliqué que le vrai manque de respect, c’était sa pratique ignoble de surbooking qui met des voyageurs à des milliers de kilomètres de chez eux dans une merde noire, les jetant à la rue comme de vulgaires clochards. J'ai ajouté que si elle avait tout fait en bonne et due forme, nous ne serions pas en train de pisser sur sa terrasse, mais dans les toilettes de son appartement qui nous était destiné, surtout que ça faisait des heures que nous l’attendions devant chez elle en nous retenant. Nous nous sommes engueulés comme ça quelques minutes. Elle a quand même fini par s'excuser.
Nous avons pris congé de cette charmante personne pour nous diriger vers le quartier Downtown où se trouvait notre hôtel. Une fois arrivés là-bas, nous nous sommes rendu compte qu’il s’agissait d’un établissement miteux dans un quartier miteux. Déjà, le hall était sombre, étroit, et… en travaux ! Décidément, ça nous poursuivait ! La pauvre fille à la réception et son collègue étaient confinés au milieu de cartons, de piles de dossiers, de fils électriques qui partaient tous azimuts. Les chambres étaient pourries et sentaient le renfermé. Elles n’étaient pas aérées car les fenêtres ne s'ouvraient pas. Les vieilles climatisations étaient foireuses et faisaient un bruit d'enfer...
Il se situait dans Jarvis Street, quasiment à l'angle avec Queen Street. Ces deux longues rues sont globalement belles et jouissent de lieux attractifs... sauf justement dans cette zone où elles se croisent. Le quartier était bien malfamé. Nous croisions des SDF, dont certains avaient des yeux de fous ou de drogués et nous suivent du regard avec insistance. Nous avons vite compris pourquoi le concierge nous avait dit avec insistance qu'il ne fallait surtout pas laisser entrer dans l'hôtel quelqu'un qui nous suivait, et que nous ne connaissions pas comme client ou personnel de l’établissement. Vraiment pas rassurant !
En revenant, nous avons jeté un œil aux cuisines collectives. Dans le frigo, nous avons vu de la nourriture de piètre qualité, voire périmée, notamment une plaque de beurre entamée d’une couleur plus que douteuse. Elle devait être là depuis des mois. Tout ça nous a confortés dans l’idée d’aller faire chaque repas à l’extérieur.
Finalement, nous sommes montés sur le rooftop de l’hôtel, où la vue sur une partie de la skyline de Toronto by night était belle. Alors que nous repartions pour rejoindre nos chambres, le concierge - qui était calé là en train de discuter avec quelques collègues - nous a fait : « take care ! »… juste au cas où nous n’aurions pas encore compris que le quartier était craignos…


Publié le 18 décembre 2018